ABDOUL AZIZ PAYE, SECRETAIRE GENERAL DU MOUVEMENT REPUBLICAIN SENEGALAIS : « La République est morte au Sénégal ; elle est devenue inexistante »


Le secrétaire général du Mouvement Républicain Sénégalais (MRS), M. Abdou Aziz Paye, est sorti de sa réserve pour s’exprimer sur la situation politique qui prévaut au pays de la Téranga. Dans cet entretien accordé à L’Evidence, le leader du MRS dénonce la politique de l’actuel régime qui a mis à mort la République. Revenant sur le parrainage citoyen, Abdou Aziz Paye estime que ce système, tel qu’il est conçu, est une honte pour la République. Le patron du MRS, en bon républicain, a par ailleurs proposé des réformes « ambitieuses » pour le Sénégal. Entretien.  

 

 

Présentez-vous à nos lecteurs…

Je m’appelle Abdoul Aziz PAYE, je suis, depuis 2012, le Secrétaire Général du Mouvement  Républicain Sénégalais, plus connu sous le sigle M.R.S. Le « M.R.S » est un parti politique qui a vu le jour après la réforme constitutionnelle de 1978 où le Président Senghor avait souhaité la mise en place d’un multipartisme limité à quatre courants de pensée. Nous sommes donc un Mouvement avec diverses tendances concourant à la réalisation d’objectifs communs. Notre objet principal, c’est la République : la chose commune. Pour nous, la République est morte, elle est inexistante, le Sénégal est un Etat patrimonial où il n’y a qu’un seul chef, qu’un seul maître où les libertés fondamentales consacrées par la Constitution ne sont que caricaturales.

Nous avons aussi pris part, ces dernières années, à toutes les élections qui ont eu lieu : élections présidentielles, législatives et locales. Ce, dans le cadre de coalition large.

 

Veuillez revenir sur votre formation politique…

J’ai fait mes classes dans la génération de ce qu’on appelle communément les « quatre vingtard », c’est-à-dire la génération 88 qui voulait en finir avec toutes les pratiques politiques inopérantes qui avaient cours et surtout au niveau de l’éducation.

Par ailleurs, j’ai eu la chance d’avoir bénéficié de l’éducation politique de grands hommes politiques dont notamment Me Boubacar GUEYE, par la richesse de sa culture et de sa connaissance du Sénégal, et surtout de Monsieur Gana GUEYE, le directeur politique actuel du MRS, sans parler de mes multiples rencontres politiques au gré des circonstances du moment avec Me Abdoulaye WADE, Khalifa Ababacar SALL, pour ne citer que ceux-là.

Ils m’ont permis d’affiner ma culture politique en profitant de leur expérience et de leur vécu quotidien.

Etes-vous de l’opposition ou du pouvoir ? 

Nous avons participé à l’avènement de « Benno Bokk Yaakaar » au pouvoir, mais nous avons estimé que notre mission s’arrête là. Car, pour nous, le président de la République, étant élu au suffrage universel direct, c’est à lui d’assumer toutes les responsabilités puisque nous estimons que cette notion de « gagner ensemble, gouverner ensemble » ne répond à aucune rationalité Républicaine. Si on veut servir son pays, on peut le faire à tous les niveaux et ceci de façon directe ou indirecte. Au surplus, j’estime à mon humble avis que « Benno Bokk Yaakaar » ouvre une nouvelle séquence dans la démocratie au Sénégal avec un système de coalition hypocrite et sans consensus ferme sur les intérêts supérieurs de la Nation, et là je pense que le Président actuel en a conscience, à défaut son réveil risque d’être brutal.

C’est dire tout simplement que nous plaçons du côté du peuple et que nous ne nous opposons pas systématiquement, mais nous le faisons à force d’arguments pour abréger la souffrance des Sénégalais car ils sont fatigués des promesses non tenues.

 

Nous sommes à l’heure du parrainage, on ne voit pas votre parti sur le terrain. Qu’en est-il exactement ?

 

En parlant de parrainage, permettez-moi de vous donner mon point de vue sur cette question avant de répondre à votre préoccupation. Pour moi, ce système, tel qu’il est conçu et appliqué, est une honte pour la République car rien ne justifier cet empressement si ce n’est une volonté manifeste de tripatouiller les élections en changeant les règles du jeu. Le plus préoccupant, c’est qu’une fois de plus on met le Conseil constitutionnel dans l’impossibilité de défendre les intérêts exclusifs du Sénégal. Il faut que la majorité présidentielle arrête de violer les textes de loi. Maintenant, concernant votre question, nous avons mis en place une coalition de partis politiques forte d’une dizaine de membres qui s’appelle, Union pour une Alternative Démocratique et Citoyenne/ Wa Askan WI « U.A.D.C/WAW » qui est en train de faire le tour du Sénégal à la recherche de parrains pour notre candidat, sans tambour ni trompette parce que nous refusons de tomber dans le piège de la politique politicienne.

 

Est-ce que votre formation politique à un candidat à la Présidentielle ?

Notre formation politique n’a pas de candidat déclaré, comme je l’ai dit, nous avons mis en place une coalition qui a un candidat à la candidature, néanmoins dans le cadre de la réflexion que nous avons menée en profondeur sur la situation politique actuelle, notre grille de lecture nous indique qu’il ne faut pas exclure une possibilité de Synergie en restant ouverts à toute discussion avec les autres candidats potentiels puisque le plus important c’est le Sénégal et l’avenir de cette jeunesse qui est en train d’être sacrifié par des politiciens pour qui : « La petitesse des buts et des moyens leur paraît l’indice d’un esprit sain et rassis. » Nous voulons convaincre, et vaincre sans convaincre c’est là la nuance fondamentale.

 

Quelle offre politique vous proposez au Sénégalais ?

 

Permettez-moi tout d’abord d’apporter une précision de taille entre le programme politique et des mesures politiques que l’on serve tout le temps aux citoyens et qui finissent par être improbables à l’exercice du pouvoir.

En effet, le programme politique est un exposé détaillé et complet des principes et des objectifs que s’assigne un parti politique ou un candidat, tout le contraire des mesures qui ne sont en réalités qu’un projet se référant à un effort spécifique, singulier pour livrer une chose sans articulation avec l’ensemble. Ceci dit, retenez que nous ne pouvons pas faire part de l’ensemble du programme du MRS à travers cette interview. Néanmoins, je puis vous dire que le programme du M.R.S développe ses idées en neuf (9) chapitres consacrés successivement aux thèmes ci-après : – démocratie : libertés fondamentales et droits de l’homme ; – programme politique ; – programme économique ; – agriculture, élevage eaux et forêts ; – industrialisation ; – programme social ; – santé ; -éducation ; – jeunesse, organisation des loisirs. En ce qui concerne la garantie des libertés fondamentales et des droits de l’homme, le MRS pense qu’il faut :

– Contrôler l’aménagement des libertés publiques par la loi parce que la plupart des libertés sont simplement citées par la Constitution, laquelle renvoie à la loi, le soin de les aménager. Or le législateur, au moment d’aménager une liberté, peut lui apporter des restrictions telle, qu’elle soit en fait vidée de son contenu

– Restaurer le régime répressif puisqu’en matière de libertés publiques, le régime répressif, contrairement à ce que l’expression pourrait faire croire, est le régime le plus libérale : la loi elle-même détermine les conditions dans lesquelles les libertés sont exercées, ainsi que les sanctions applicables en cas de violation.

Ensuite, le juge intervient, le cas échéant, pour sanctionner les violations des libertés, en sorte que le pouvoir exécutif est tenu à l’écart et n’intervient à aucun stade de leur exercice.

–  Consacrer l’indépendance organique de la magistrature à l’égard des deux autres pouvoirs, et par suite, la suppression du ministère de la Justice. Pour assurer le strict respect de ces libertés fondamentales, il faut aux magistrats qui rendent la justice au nom du peuple une inamovibilité, une indépendance matérielle et administrative totale par l’institution d’un Conseil ou tout autre organisme spécifique au sein duquel siègeront seuls les magistrats élus par leurs pairs selon une procédure à déterminer par une loi organique.

La magistrature doit constituer un véritable troisième pouvoir dans les mêmes conditions que l’Exécutif et le Législatif n’étant subordonnée à aucun des deux.

 

Dès lors, ni le Président de la République, ni le Ministre de la justice ne présideront un organisme regroupant des magistrats parce qu’ils font l’un et l’autre partie du pouvoir Exécutif.

L’Assemblée Générale consultative de la Cour Suprême sera supprimée car les magistrats ne sont pas chargés de conseiller, mais de juger.

 

Les membres de la Cour Suprême seront élus par leurs pairs à vie, sans possibilité de détachement autre que celle d’aller servir dans un organisme international à caractère juridictionnel.

 

–  Le Président de la République cesse d’occuper toute fonction élective au sein de son parti et est soumis au droit de réserve total vis-à-vis de son parti pendant tout son magistère.

 

–          Les responsabilités entre le Président de la République et le Premier Ministre seront déterminées dans la Constitution de telle sorte que plus jamais ni l’un, ni l’autre, ni les deux, ensemble ne puissent disposer du peuple Sénégalais.

 

– Mettre en place une commission électorale nationale, composée de membres dont l’indépendance et l’impartialité seront reconnus puisqu’ils seront inamovibles comme les juges. Son rôle consistera en la surveillance, la direction et le contrôle de la préparation des listes électorales en vue de toutes les élections et en la constitution de tribunaux électoraux ayant à juger les cas douteux et les différents surgissant à l’occasion des élections ainsi qu’en la conduite des diverses opérations.

 

–    Constitutionnaliser le mode de scrutin aux différentes élections pour que le Gouvernement au pouvoir ne puisse y apporter des modifications de circonstances et favoriser ainsi le ou les partis qui le composent.

 

–          Changer le mode d’élection des députés sans quoi toutes ces réformes seront vaines.

 

–          Faire Approuver par le Parlement La nomination du personnel d’autorité, pour assurer leur neutralité politique vis-à-vis du pouvoir qui les aura choisis.

 

– Soumettre la désignation des représentants diplomatiques du Sénégal à l’extérieur aux commissions compétentes du Parlement.

 

– Supprimer les tribunaux d’exception telle que la cour de Sûreté de l’Etat qui ne servent qu’à des règlements de comptes politiques oui, les tribunaux ordinaires sont à même de juger toutes sortes d’infractions ou de délits

–           Créer une cour constitutionnelle et des droits de l’homme qui pourra être saisie par toutes les personnes morales ; en outre, tout individu pourra soulever l’exception d‘inconstitutionnalité devant les tribunaux,

–           Introduction de la notion de bonne foi dans la Constitution du Sénégal et cette notion sera définie comme : un principe qui confère aux citoyens, à certaines conditions, le droit d’exiger des autorités qu’elles se conforment aux promesses ou assurances précises qu’elles ont faites et ne trompent pas la confiance légitimement placée en elles.

–              Défendre la propriété privée avec l’abrogation pure et simple de la loi sur le domaine national car pour Le M.R.S de par cette loi, le gouvernement n’a fait que reprendre en compte la théorie des « biens vacants et sans maître » de l’ancien colonisateur; que par suite, il faut attribuer les titres fonciers à tous ceux qui occupent publiquement un terrain depuis plus de dix ans avec un permis d’occuper. Vous voyez, il n’est pas possible à travers cette interview de vous faire l’économie du programme de Mouvement Républicain Sénégalais (M.R.S) qui date, et c’est important, de 1979 mais malheureusement comme l’avait conclu le professeur Jacques Mariel NZOUANKEU que je cite :

«… Il est juste aussi de noter que les trois quarts des revendications des états généraux de l’Education, convoqués au début de l’année 1981 auxquels étaient représentées de nombreuses tendances politiques figuraient déjà dans le programme initiale du M.R.S. Le fait que ce parti ne dispose pas d’organe d’information l’a desservi, dans la mesure où il n’a pas pu diffuser ses opinions politiques. »

Le chef de l’Etat soutient mordicus qu’il va gagner le scrutin présidentiel. Pensez-vous que son bilan suffit pour lui assurer un second mandant.

Je crois qu’il a la réponse à cette question car tout bruit est suspect, le fait d’en faire une chanson à tout bout de champs peut être justifié par la crainte de perdre. Si le bilan suffisait, WADE serait le président actuel parce qu’un bilan il est non seulement matériel mais aussi moral.

Le président de la République a ouvert la voie de la transhumance et les hommes politiques migrent vers l’APR. Que vous inspirent les responsables politiques qui se renient aujourd’hui ?

Quand je vois une certaine pratique politique comme la transhumance et non l’alliance sur un programme alternatif se passer sous mes yeux, il me revient toujours à l’esprit cette fameuse citation de Edmum BURKE qui disait : Eviter de mettre le pays entre les mains d’une tribu, de vulgaires politiciens qui constituent les bas-fonds de l’espèce humaine. Et il n’est pas de métier si vil et si mécanique que le gouvernement dans leurs mains. La vertu n’est pas leur habitude. Toute ligne de conduite uniquement dictée par la conscience et l’honneur les fait sortir de leurs gonds. Une conception large, libérale et à longues vues des intérêts des Etats passe, à leurs yeux pour du roman ; et les principes qui la recommandent, pour les vagabondages d’une imagination débridée.  Leurs combinaisons et leurs calculs les privent de la faculté de penser. Les plaisanteries des bouffons et des jongleurs les détournent de tout ce qui est grand et élevé…» Raison pour laquelle je n’aime pas trop m’épancher sur ces cas.

 

Pensez-vous que la transhumance peut aider Macky à avoir son second mandat ?

 

Vous avez la réponse, regarder tout le tollé général que ça a créé dans ce pays avec toutes sortes d’invectives et autres, peut-être il a d’autres raisons de s’en réjouir mais on verra sous peu.

 

Le débat politique est pollué par des insanités et diatribes. Quels commentaires cela vous inspire ?

Cela répugne à ma conscience, car nous ébranlons les fondamentaux sur lesquels la société sénégalaise est bâtie en termes de valeur normative. L’invective est la dernière des intrépidités.

 

Ousmane Sonko est un candidat à qui on demande de s’expliquer sur son appartenance religieuse. Est-ce qu’un tel débat à sa place au Sénégal ?

 

Vous savez, au Sénégal, on a tendance à agiter des questions auxquelles il faut faire attention. En tout cas, si j’étais procureur de la République, tous ceux qui auront prononcé un certain discours tendant à mettre l’intégrité d’une personne en danger seront entendus et poursuivis. Pour moi, Sonko est, je pense, un musulman comme moi pratiquant et je m’en arrête là.

 

 

Par MOUSSA SENE

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