AFFAIRE DES CONTRATS PÉTROLIÈRES ET GAZIERS AU SÉNÉGAL: LE REPORTAGE DE LA BBC PÊCHE PAR SON DÉSÉQUILIBRE!

La déontologie journaliste voudrait que le principe de l’équilibre de l’information soit de rigueur en toutes circonstances, au risque d’introduire un biais dans la fiabilité et la crédibilité de toute enquête d’investigation.

Selon les règles élémentaires du journalisme, la confrontation permet de mettre face à face des sources et leurs analyses suivant le principe du contradictoire. Cela présente l’avantage de se départir du risque de parti pris, et de permettre aux lecteurs de démêler la bonne information de la manipulation.

Il est reconnu que « le journaliste professionnel cultive le regard critique, recherche les faits et les informations que les puissants du jour cachent dans des buts inavouables. Il est au cœur du débat d’idées, des projets de société et de la démocratie. Ce débat passe essentiellement par les médias et par l’intervention du journaliste. Ce faisant, son métier consiste à questionner tant sur les comportements que sur les actions des hommes politiques, des opérateurs économiques, des institutions… C’est un rôle de critique des idées et des actes qui devient un contre-pouvoir au profit du public et au service du citoyen. »

Le Sénégal est une démocratie qui n’a plus rien à envier aux grandes démocraties européennes ou américaines. Il faut dire qu’avant la BBC, des journalistes d’investigation sénégalais exerçant dans des médias nationaux ont eu à porter à la connaissance du grand public des scandales politico-financiers qui ont causé bien de torts à bien de gouvernements. Il est vrai que la presse doit jouer son rôle de quatrième pouvoir. Il demeure que « évidemment ce devoir de faire contrepoids aux pouvoirs publics n’est possible que dans un contexte de démocratie. Seul un tel contexte peut permettre l’émergence du journalisme d’investigation, de quête de vérité, c’est-à-dire le devoir d’aller voir ce qu’il y a de l’autre côté du tableau officiel sans toutefois s’acharner sur sa cible, sans en faire une proie, sans être un voleur de documents… »

Bien sûr, ce nécessaire devoir de vérité dû aux citoyen ne s’accomode point d’acharnement, ni de chantage. Mais il importe, au vu des enjeux présents et à venir, que l’objectivité et le devoir d’indépendance gouvernent toute quête d’informations jugées sensibles, nonobstant le fait que celles-ci soient avérées ou pas. En tout état de cause, la forme est aussi importante que le fond. En effet, pour toute information recueillie d’une source, la possibilité offerte à une autre partie à l’objet de l’investigation de contester voire d’apporter des éléments de preuve infirmants, ajoute à la crédibilité et confère une bonne fiabilité à l’épreuve de la critique.

Nous ne pouvons occulter le fait que : “le journaliste professionnel contrôle les pouvoirs établis en permettant aux citoyens d’appréhender la façon dont les élus, les administrations, les forces économiques, les mouvements de pensée assument leurs responsabilités. En ce sens, le journaliste professionnel détient le pouvoir de s’insurger contre les excès de pouvoir. C’est pourquoi il n’appartient à aucun pouvoir établi, il s’interdit d’accepter le rôle de « godillot », de flatteur à gages et il refuse normalement de se laisser instrumentaliser. Il est donc celui qui observe le principe selon lequel les témoignages diversifiés garantissent l’équilibre de l’information et l’indépendance vis-à-vis des sources. Le journaliste professionnel est aussi celui dont le travail consiste à examiner avec rigueur tous les éléments recueillis, à les confronter avec d’autres données, à fouiller dans une documentation, à faire appel à la connaissance préalable du sujet.”

Pour toutes ces raisons, le reportage en question se singularise par la légèreté qui saute aux yeux dans la tentative de rattacher toute cette affaire à la famille du Chef de l’État sénégalais. Vraisemblablement, cette enquête souffre des maux dont tout article de presse téléguidé ou manipulé pour assouvir des desseins inavoués serait affublé ! La malédiction du pétrole guette-t-il ? Ou est-ce seulement des groupes de pression très intéressés par cette grosse opportunité d’affaires qui cherchent la petite bête espérant tirer leurs marrons du feu ? Ce n’est pas tous les jours qu’un media anglophone comme BBC s’intéresse à une affaire qui fait débat sur l’actualité nationale. Bref, quelque soit la part de vérité ou de diffamation, un media qui se respecte se doit de faire preuve d’objectivité et d’équité dans sa quête d’information quelque soit l’enjeu actuel ou futur !

Mamadou Mbodji Diouf
MBA Paris Dauphine
Membre du Bureau politique du Parti socialiste