Contribution :Le Mali pourrait-il tomber de Charybde en Scylla ? » MAMADOU MBODJI DIOUF »


 

Les partisans de la révolution populaire ont bien jubilé lorsqu’une frange de l’armée malienne a décidé de prendre les choses en main et de déchoir le Président Ibrahima Boubacar Keita (dit IBK) du pouvoir.

Certains ont vite cru que cela n’était que l’aboutissement d’une issue inéluctable après la série de manifestations très populaires contre le régime de IBK. La CEDEAO a condamné pour demander le rétablissement de la légalité constitutionnelle avec le retour, non négociable, du Président déchu au pouvoir. L’argumentaire des sanctions économiques a suivi pour contraindre les putschistes à reculer, en vain jusqu’à maintenant.

Toutefois les négociations pour amener les militaires à céder le pouvoir aux civils s’enlise, et le temps passe. Après avoir démenti la rumeur d’une tentative de faire diriger une transition de trois ans par les militaires, ce qu’ils ont refuté devant les médias, ceux-ci continuent pourtant leurs pourparlers interminables avec différents acteurs institutionnels et politiques.

De là à entrevoir des manœuvres de conservation du pouvoir par les militaires, il n’y a qu’un pas à sauter. Il est vrai que le Mali a vécu des précédents qui peuvent donner à réfléchir quant à l’issue d’une confiscation du pouvoir par les militaires. Le capitaine Sanogo n’est -il pas un exemple patent ? Ce dernier ne pût résister à la pression de la CEDEAO que pendant vingt jours à la tête de l’État. Tout porte à croire que cette junte s’achemine tout bonnement vers cette direction. On pourrait tomber bien plus bas que la pire des issues non souhaitées avec le magistère d’IBK. Par ailleurs, il n’y a rien qui pourrait laisser que ces militaires, qui n’ont pas forcément brillé dans les champs de bataille qui s’enlisent au nord du pays, pourraient apporter une plus value dans cette rébellion.

Que ce soit la société civile malienne, les activistes ou l’opposition politique, il semble qu’on a cherché à adouber les putschistes espérant en fin de compte que le choix de la présidence de la transition portera sur la personne de l’un d’entre eux. Qui sont ceux d’entre eux à avoir condamné ce coup d’État, qui en est vraiment un ? Brutal pourrait être le réveil ! En effet, ces intellectuels militaires ne pourront plus jamais retourner sagement, et comme si de rien n’était, dans les casernes. L’idéal, si la faisabilité et l’acceptabilité se confirmaient, serait de garder le pouvoir pour une durée de transition et peut-être bien au-delà, pour préparer une retraite prématurée. On en vu des putschistes exercer le pouvoir un temps, troquer leurs tenues militaires pour des costumes et des boubous civils, pour finalement organiser des élections soit disant démocratiques et devenir un président normal comme dans tous les pays normaux. À défaut, il faudrait les récompenser par des postes de sinécure leur garantissant un avenir confortable et sécurisé loin de l’internement de rigueur dans les casernes.

Bref, les détracteurs des dirigeants de la CEDEAO prennent prétexte de leurs tentatives de briguer des troisièmes mandats pour mieux justifier l’option de la rupture de la légalité constitutionnelle d’un président légalement et démocratiquement élu. Que nenni cet argumentaire ne devrait pas prospéré. Aujourd’hui, il est question du Mali, demain on pourra parler des autres. La main qui rend la justice ne doit pas trembler, et la CEDEAO est bien dans son rôle. Aidons le Mali à restaurer ses institutions démocratiques et œuvrons pour que jamais il n’y eut plus de coups d’État en Afrique.

Mamadou Mbodji DIOUF
MBA Paris Dauphine-PSL
Membre du Bureau politique du Parti socialiste

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