Société : « MOI, SIMPLE CITOYEN LAMBDA » Mamadou Diallo, Infirmier Chef de Poste (ICP) à l’infirmerie de la Cité Avion à Ouakam, Dakar.


 

Né et ayant grandi à Ouakam, Mamadou Diallo qui exerce comme infirmier Chef de poste à l’infirmerie de la Cité Avion, a d’abord étudié à l’école élémentaire EL Hadj Mbaye Diop (Ecole 2), puis au Collège Mamadou Ndiaye. Après son Baccalauréat obtenu au CEMAD, Mamadou Diallo a suivi des études en soins infirmiers dans un institut de santé à Dakar où il a eu son diplôme d’infirmier en 2009.

Après un stage à Kolda, il rejoint en 2010 le Centre de Santé de Ouakam en étant bénévole durant les deux premières années. Cependant, le plus important pour lui à cette époque était de gagner en expérience. Depuis 2017, il est Infirmier Chef de Poste à l’infirmerie de la Cité Avion. Sa mission est, entre autres, de soigner, de sensibiliser et de faire la promotion de la santé, mais surtout, de prendre soin des populations les plus vulnérables. C’est ainsi qu’il est amené à rencontrer les personnes ressources de la localité, à savoir les imams, les notables et autorités coutumières, les leaders d’opinion, les groupements de femmes, les marabouts et maîtres d’écoles coraniques ou « daaras », afin de les sensibiliser sur l’importance de la santé et des soins, tout en faisant mieux connaître l’infirmerie. Dans son travail quotidien, l’ICP Diallo peut compter sur une équipe de dix personnes, qui sont très motivées, malgré les faibles moyens dont dispose l’infirmerie. En effet, cette structure n’est pas accompagnée par la Commune, notamment pour ce qui concerne la dotation en gels hydroalcooliques, en thermoflashs, en consommables et autres produits d’hygiène. L’ICP et l’ensemble du personnel sont donc obligés de faire avec les moyens de bord, car les rentrées d’argent sont faibles, du fait du bas prix du ticket de consultation. Il s’y ajoute aussi le manque de moyens de beaucoup de malades qui sont parfois traités gratuitement.

Toutefois, ces difficultés, Mamadou Diallo les vit comme des épreuves inhérentes à la vie. Il poursuit en disant que, même s’il a atterri par hasard dans ce milieu, il ne regrette pas son choix car son travail lui a permis de tout relativiser dans cette vie, d’en apprendre un peu plus sur lui-même et de gagner la reconnaissance de ses patients. Sa profession lui a ouvert les yeux et lui a permis de donner un sens à la vie, surtout lorsqu’on a été confronté à la mort en étant assez jeune. C’est un emploi avec beaucoup de contraintes puisqu’il est assez difficile de le concilier avec une vraie vie de famille, étant donné qu’il faut travailler pratiquement 7 jours sur 7. D’ailleurs, il ironise en disant que dans notre contexte culturel, on n’est pas agent de santé mais plutôt une structure de santé car on est sollicité tous les jours par des personnes qui sont dans le désarroi et ayant besoin de soins ou de conseils.

Évoquant les expériences qui l’ont marquées, l’ICP se souvient de ses premiers jours passés dans la région de Kolda pour son stage, en 2008. Il avait eu un accident de la route à son arrivée et un repos médical de 3 jours lui avait été accordé. À la fin du troisième jour, alors qu’il devait démarrer son stage, il s’est mit à pleuvoir. En bon Dakarois, il s’est dit qu’il valait mieux attendre la fin de la pluie pour se rendre au travail. Malheureusement, il fut renvoyé ce jour-là par le Major qui le menaça même de renvoi définitif, si jamais il arrivait en retard encore. Ce jour-là , il a compris qu’aucune contrainte ne devrait empêcher un médecin de se rendre au travail. Depuis, il a totalement changé de comportement et est systématiquement le premier à arriver sur son lieu de travail. Une habitude qu’il a gardée aujourd’hui encore. Durant son séjour à Kolda, il a obtenu une note de stage de 19/20 ainsi que les félicitations de tout le personnel. Lui qui était dégourdi de nature, est revenu à Dakar avec une toute autre personnalité, au point que sa famille se demandait s’il n’était pas malade. Il avoue que c’est à Kolda qu’il a été confronté à la mort pour la première fois et aussi fait face à des maladies tropicales qu’il n’observait pas à Dakar. Ce qui l’a, en quelque sorte, complètement « mûri ».

Concernant le fonctionnement de l’infirmerie, il demande à la mairie de la Commune d’accompagner la structure afin qu’elle puisse disposer d’un service de vaccination car les habitants de la Cité Avion sont obligés d’aller au Centre de Santé Annette Mbaye d’Erneville, distant de 2 kilomètres de l’infirmerie, pour faire vacciner leurs enfants. La plupart du temps, cela leur prend toute une journée à cause du nombre important de personnes à vacciner. Mamadou Diallo rappelle également que les acteurs de la santé ne sont pas impliqués dans le Comité de gestion de la COVID à Ouakam et souhaite que les autorités leur demandent, ne serait-ce que leurs avis, sur certains points liés à la santé et à la prévention.

L’ICP termine en délivrant un message à tous les sénégalais pour les inviter à prendre des mesures de préventions personnelles et collectives, dans ce contexte de la pandémie de COVID-19. Il a par ailleurs insisté sur la responsabilité sociale de leur infirmerie vis-à-vis des sénégalais qui n’ont pas les moyens, particulièrement les enfants-talibés qui ne sont pas pris en compte la plupart du temps. Dans ce sens, il invite les bonnes volontés à les accompagner pour soigner ces enfants qui n’ont personne pour les prendre en charge.

Propos recueillis par Mamadou Djigo , Simple Citoyen Lambda

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