Dakar, 28 janvier 2026 Recit Infosdujour
Les récentes allégations faisant état d’une baisse de plus de 25 % de la consommation de tabac chez les adultes au Sénégal, publiées par la Global Adult Tobacco Survey (GATS), suscitent une vive controverse. Pour plusieurs acteurs engagés dans la lutte antitabac, ces chiffres relèvent de la manipulation, de la désinformation et de l’infox, dans un contexte national marqué par une impasse totale de la politique de lutte contre le tabagisme.
Selon eux, cette prétendue enquête intervient à un moment où la lutte antitabac au Sénégal traverse une période de léthargie profonde, caractérisée par la non-application des textes législatifs et réglementaires en vigueur. Le Sénégal, bien qu’ayant ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) le 27 janvier 2005, aurait cessé de respecter ses engagements vis-à-vis de l’Organisation mondiale de la Santé et de ses partenaires.
Une loi antitabac en souffrance depuis plus de dix ans
La loi antitabac votée le 14 mars 2014 demeure, à ce jour, largement inappliquée. Plusieurs textes réglementaires essentiels à son effectivité n’ont jamais été concrétisés. C’est notamment le cas du décret relatif aux débits de tabac, bloqué depuis plus de cinq ans dans le circuit administratif entre le Ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS) et le Secrétariat général du Gouvernement.
Dans ces conditions, les acteurs de la lutte antitabac estiment que les résultats annoncés par la GATS ne peuvent en aucun cas être attribués aux instruments de la CCLAT, d’autant plus que le programme MPOWER de l’OMS n’est pas appliqué au Sénégal.
Un accès facile au tabac, notamment pour les jeunes
Sur le terrain, la réalité observée est tout autre. La vente de tabac est largement incontrôlée : n’importe qui peut se procurer des produits du tabac, n’importe où, et sans considération d’âge. Les jeunes et les mineurs ont ainsi un accès facile au tabac, y compris à proximité immédiate des établissements scolaires.
Le pays compterait aujourd’hui plus de 400 bars à chicha, principalement à Dakar, tandis que les cigarettes électroniques, le tabac chauffé et les sachets de nicotine se multiplient, exposant des enfants et adolescents âgés de 10 à 18 ans au vapotage, au vu et au su de tous.
Un Sénégal transformé en “fumoir à ciel ouvert”
Malgré l’interdiction formelle de fumer dans les lieux publics – établissements de santé, administrations, lieux de travail, hôtels, restaurants, bars et discothèques – la loi est systématiquement violée. On fume partout, sans contrôle ni sanction, renforçant le sentiment que le Sénégal est devenu un véritable fumoir à ciel ouvert.
Dans ce contexte, l’annonce d’une baisse significative de la consommation de tabac apparaît, pour les acteurs de la société civile, totalement déconnectée de la réalité.
Une hausse fiscale jugée inefficace et déconnectée
La récente augmentation de 5 % de la taxe spécifique sur le tabac, portée de 65 % à 70 % dans la Loi de finances initiale 2025, est également critiquée. Cette mesure, adoptée sans concertation et dans une opacité totale, est jugée inefficace tant que la loi antitabac reste non appliquée. Pour ses détracteurs, il s’agit d’un « coup d’épée dans l’eau » et d’une manœuvre de communication sans impact réel sur la santé publique.
Une contestation ferme des chiffres de la GATS
Les acteurs de la lutte antitabac rejettent catégoriquement les conclusions de la Global Adult Tobacco Survey 2025, qu’ils qualifient de fausses, infondées et erronées. Ils appellent l’opinion nationale et internationale à la vigilance et estiment qu’aucune organisation sérieuse ne devrait se référer, à l’état actuel, aux données diffusées sur la situation du tabac au Sénégal.
Enfin, ils pointent également les comportements indélicats de certains acteurs se réclamant de la société civile, accusés de décrédibiliser la lutte antitabac par des pratiques opportunistes et mercantiles.
Face à cette situation, ils exigent une application effective de la loi antitabac, le respect des engagements internationaux du Sénégal et une refondation sérieuse de la politique nationale de lutte contre le tabagisme.