Covid-19 :Collision ou collusion?

Le Covid-19 nous impose, depuis son apparition, sa volonté en confinant plus du tiers de l’humanité dans son coin. Et une telle situation n’était aucunement prévisible dans le contexte actuel où l’homme semblait tout dominer, tout maitriser, mais hélas c’était sans compter avec la force de la dame nature. En effet, une minuscule créature, de taille nanométrique, donne aujourd’hui un coup de froid assimilable aux « blizzards nord américains » et qui fait trembler toute la planète. Et le constat est le suivant : même si le possiblisme trône souvent, il peut-être dépassé par le déterminisme naturel.

  Aujourd'hui, tout notre mode de vie, tout notre système de gestion politique et socioéconomique est remis en question.  Et cela doit nous amener à s'interroger profondément sur la place centrale de l'homme et des valeurs qui font de lui un être particulier parmi ces innombrables autres espèces sur notamment l'avenir de notre planète et de notre existence. Cette pandémie mondiale nous interpelle tous,  Noirs, Blancs, Jaunes, métis et j'en passe. "Les poseurs de bombes sont des poseurs de questions " affirme Jacques Vergès ; cette pandémie est également dans la même posture en ce sens que tout un chacun parmi nous doit, à travers ce fléau, s'auto interroger et interroger celui d'en face. Riches comme pauvres sont aujourd'hui déboussolés et le maître mot reste l'union, la solidarité, la coordination dans l'action pour combattre un ennemi certes invisible, mais létale. Tous les débats qui occupaient les médias dans un passé récent se sont actuellement éclipsés pour laisser la place au Covid-19 devenu malgré nous-mêmes la star du moment: de la guerre commerciale entre les États-unis et la Chine, aux sanctions américaines contre l'Iran en passant par la crise migratoire en Europe, la tension turco-syrienne, etc. Cette pandémie n'est-elle pas en train de mettre à nu les véritables faiblesses de l'Occident qui, jusque-là, symbolise la puissance scientifique et technologique, le développement économique au sens grec du terme? En effet vu  les limites que le monde occidental étale face à la furie de ce virus meurtrier, il apparaît clairement que l'Europe et les États-unis sont au ralenti et sous la menace d'une décadence presque certaine. Pour preuve, que peut-on retenir de l'aide médicale et matérielle de la Chine et le soutien cubain à l'endroit de pays européens comme la France, l'Italie, pays ayant le plus pati du Covid-19 pour le moment? Quelle analyse fait on des États-unis devenus nouvel épicentre mondial de la pandémie ? Autant de questions dont les réponses présagent le déclin du monde occidental, du moins sa fragilisation,  et le renforcement d'une Chine qui sera appelée à dévoiler sa musculature et de s'ériger en vrai timonier de l'inéluctable nouvel ordre mondial. Et qu'est-ce doit être le rôle de l'Afrique dans tout ça? C'est l'occasion ou jamais pour les Etats africains de se départir du joug des ex métropoles, d'affirmer leur indépendance à tout point de vue et de se battre pour un leadership, dont le seul secret est le travail, la recherche, le don de soi pour la communauté, etc. Il faut également songer relever le plateau médical et de se décomplexer par rapport à l'idéologie "européocentriste : l'exemple de la Chine est illustratif, même si les chiffres concernant le bilan macabre lié au Covid-19 seraient maquillés pour persévérer l'image de marque du pays. 

La gestion de la pandémie au Sénégal par nos vaillants spécialistes de la santé prouve à suffisance le perfectionnement et la qualité de l’expertise de la matière grise locale. Donc, il faut qu’il y ait un nouveau paradigme dans ce domaine. Et dans le contexte actuel aucun dirigeant africain ne pense plus se rendre dans le Nord pour s’offrir les « meilleurs soins ». Une chose est claire, il y aura forcément une nouvelle redistribution des cartes et une nouvelle configuration des rapports de force, et l’Afrique n’a pas droit à l’erreur d’autant plus qu’elle a un atout surtout démographique, sa jeunesse. « C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale et quand la jeunesse se refroidit le reste du monde claque les dents  » affirme à juste raison Georges Benanos.
Au nom de la morale, du devoir historique, aucune autorité étatique ou privée, aucun spécialiste ne doit faire le jeu des lobbies pharmaceutiques, des dirigeants assimilés à des oiseaux de mauvaise augure, aux faux prévisionnistes adeptes d’un « afropessimisme » que rien ne justifie. Je suis convaincu que le réveil de l’Afrique, tant prêché et théorisé par les précurseurs de la défense de la civilisation noire, comme William E.B du Bois ou encore Marcus Garvey, est inéluctable.

Du point climatique, il apparaît clairement que la planète s'en sort moins affectée. En effet selon l'Agence spatiale européenne, il ya une diminution de 40% des émissions de GES comparée au niveau d'avant crise ; ce qui constitue une aubaine pour l'environnement. Ainsi comme le dit l'adage " quelque chose,  malheur est bon". Il est  nécessaire de profiter de cette inconfortable situation pour faire du malheur une source de bonheur pour le  futur , transformer le négatif en positif. Car comme le disait Aimé Césaire "le plus court chemin vers l'avenir passe par le passé ".

Concernant l’aspect thérapeutique, le débat scientifique qui oppose actuellement les spécialistes est, selon mon humble avis, une question de contradiction entre la morale et l’éthique. Une science sans débat contradictoire est une science aveugle, mais aussi une contradiction sans proposition relève de l’ineptie. En tout état de cause, il urge de résoudre cette équation à caractère mondial pour le bien-être de toute l’humanité et pour une reprise tres rapide de l’économie mondiale, car plus la pandémie dure, plus la situation se complexifie davantage. Et il est temps que tout le monde sache que « le bien d’autrui fait partie intégrante du bien de chacun  » comme le dit Martha Nussbaun.